19/02/2018

Le véritable ami spirituel

En tibétain l'ami spirituel  se dit བཤེས་གཉེན་  ( prononcé  chényene )

Dans la prière d'aspiration du Mahamoudra, le III ème Karmapa prie ainsi :


Puissions-nous suivre un excellent maître et recevoir ses instructions essentielles.
།བཤེས་གཉེན་བཟང་བསྟེན་གདམས་པའི་བཅུད་ཐོབ་ནས།

Le mot བཤེས་གཉེན་  se décompose ainsi :
བཤེས་
Ami bienveillant. Ce terme signifie que le maître éprouve de la sympathie pour les disciples et se préoccupe de leur bien. Il comprend leurs défauts et leurs faiblesses, et les aide à les surmonter, tout en les encourageant à développer leur potentiel, en les guidant progressivement.

གཉེན་

Proche. Se réfère à la notion de support. Le maître  accompagne et soutient tout au long du chemin spirituel. La proximité est surtout de nature spirituelle.
À noter qu'un bon maître bouddhiste (l'ami spirituel vertueux) n'exploite pas le disciple et n'abuse pas de lui :
  • ni financièrement, en lui demandant, en acceptant ou en l'incitant (directement ou par suggestion) à offrir de l'argent ou des biens, surtout si le disciple se retrouve en difficulté en conséquence ;
  • ni matériellement, en exploitant ou en utilisant à outrance son travail, son temps ou ses biens ;
  • ni physiquement, par des coups ou des privations, la demande de faveurs spéciales ;
  • ni psychiquement, en l'humiliant, en l'isolant, en le calomniant, en  l'obligeant à obéir ou en le rejetant injustement ;
  • ni spirituellement, en prétendant avoir des réalisations qu'il n'a pas ou en rabaissant les qualités spirituelles du disciple.
La proximité physique avec le maître n'est pas nécessaire, ni le fait d'être toujours guidé personnellement. La bienveillance du maître et son soutien s'expriment surtout par les enseignements qu'il prodigue de manière altruiste et authentique. La véritable proximité consiste pour le disciple à suivre l'enseignement du Bouddha, de manière sincère, à travers les instructions et les conseils donnés.
Le maître doit, dans tous les cas, être exemplaire par son comportement et sa réelle bonté. Ce qui doit être soigneusement vérifié par le disciple, qui  n'abandonnera pas le bon sens et le discernement. Il faut savoir qu'une trahison dans la relation est très préjudiciable et demande beaucoup d'efforts au disciple pour reprendre confiance en lui-même et en la voie spirituelle.

Il est également indispensable que le maître soit réellement réalisé, sans quoi il risque d'être lui-même la proie des émotions négatives et d'entraîner les disciples à sa suite dans une mauvaise direction. Cette réalisation ne dépend pas de ses titres, de sa place dans la hiérarchie ou de sa renommée, mais de la qualité des transmissions qu'il a reçues et de leur pratique effective dans la vie de tous les jours et en retraites de méditation.

Le comportement du disciple face à un tel maître sera bienveillant, respectueux et serviable. Comme l'exprime Gyalse Thogme, dans la pratique du Bodhisattva en 37 points :

6.
Si, en se fiant à lui, les défauts s’épuisent,

Et les qualités augmentent comme une lune montante,

Chérir plus que son propre corps ce saint ami spirituel,

C’est la pratique du bodhisattva.